L’ÉDITION DU 16 OCTOBRE 2026
AdFection : la publicité ciblée mise en cause dans une campagne d’espionnage
Selon une enquête du Citizen Lab rapportée par Ars Technica, des publicités ciblées ont servi à infecter des appareils sans interaction de leurs utilisateurs. Le cas documenté chez Al Jazeera souligne les risques liés aux intermédiaires publicitaires, tandis que plusieurs plateformes ont retiré ou suspendu l’accès du prestataire concerné.
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Une enquête du Citizen Lab, rapportée par Ars Technica, décrit comment des publicités ciblées auraient permis d’installer des logiciels espions sans clic. Les infections confirmées chez Al Jazeera remontent à 2024 et 2025. Les résultats mettent en cause le rôle d’un intermédiaire publicitaire et interrogent les contrôles des plateformes.
La publicité ciblée peut aussi devenir un canal de livraison de logiciels espions. Dans un article publié le 15 octobre, Ars Technica rapporte une enquête du Citizen Lab de l’Université de Toronto sur une campagne baptisée AdFection. Le laboratoire dit avoir confirmé l’infection de 45 appareils chez Al Jazeera en 2024 et 2025. Les attaques touchaient des appareils iOS et Android, sans nécessiter de clic : charger une page ou ouvrir une application pouvait suffire à déclencher l’infection.
Selon les conclusions du laboratoire rapportées par le média, les publicités étaient fournies par Discover-Tech, une entreprise israélienne qui se présente comme un acteur publicitaire légitime. Citizen Lab lui attribue un rôle d’intermédiaire entre les réseaux publicitaires et des partenaires du secteur des logiciels espions mercenaires. Le logiciel malveillant déployé dans cette campagne aurait été développé et distribué par Candiru, rebaptisé Integrity Labs.
Le mécanisme décrit exploite le ciblage publicitaire pour atteindre des profils recherchés par les clients de Candiru. Les annonces contenaient du code permettant de contacter les serveurs de contrôle de cette dernière. Ces serveurs livraient ensuite un exploit lorsque la publicité apparaissait sur l’appareil visé. La sélection de l’audience devenait ainsi une étape de la chaîne d’infection, selon l’enquête.
Citizen Lab indique également avoir obtenu plus de 4 milliards d’enregistrements d’enchères publicitaires traités par Discover-Tech. Ils montrent que ses annonces ont été affichées dans plus de 70 000 applications mobiles et sur plus de 120 000 sites entre mars et juin 2026. Ces volumes décrivent une présence publicitaire : ils ne constituent pas un décompte d’infections. Cette distinction limite ce que l’on peut conclure sur l’étendue effective de l’espionnage.
Ars Technica rapporte que Google et IAB Europe ont retiré Discover-Tech de leurs registres de fournisseurs publicitaires. Google a aussi supprimé son accès à ses plateformes d’échange publicitaire, tandis que Beeswax l’a retiré de sa plateforme d’achat. Ces mesures répondent à la mise en cause de l’intermédiaire, sans établir à elles seules que tous les circuits de diffusion concernés ont été neutralisés.
Une limite technique demeure : l’enquête ne décrit ni les vulnérabilités exploitées ni le logiciel finalement installé. Il serait donc prématuré d’en déduire précisément quels appareils restent exposés. L’affaire invite surtout à examiner la responsabilité des intermédiaires et la capacité des plateformes à détecter un détournement de leurs outils de ciblage.